C’était hier : L’après guerre
C’était hier : L’après guerre

Les mois de juillet et aout 1944 furent des mois de bonheur pour mon frère et moi. Nous passions des journées entières sur le bord de la route à regarder passer les convois militaires qui traversaient le village. Ce n’était pas uniquement le spectacle qui nous intéressait, mais nous avions chacun une “musette” ou nous logions les bonbons, boites de conserves, etc… que les militaires nous envoyaient. De temps en temps nous risquions une demande “cigarettes pour papa ?” qui avait peu de succès il est vrai. Lorsque notre retour à la maison était accompagné de boites de corned beef ou autres conserves, c’était la fête!

Au fur et à mesure que les mois passaient, les restrictions s’assouplissaient. La page de l’occupation se tournait petit à petit.

Les français redécouvraient le sucre et le miel perdait de son prestige. Certains apiculteurs commençaient à se plaindre que les amateurs de miel désertaient.

Mon grand-père avait fidélisé ses clients et ne se plaignait pas. Courant juillet il y avait un défilé chez lui d’amateurs qui apportaient leurs pots en verre pour le remplissage du miel après la récolte. Sur chaque pot une étiquette indiquait le nom du propriétaire et nous y ajoutions le poids du miel contenu. La pesée demandait tout un protocole, car il fallait tarer le pot avant de le remplir au robinet du maturateur. Pour la tare, nous disposions d’une boite avec des boulons et autres objets en métal. La fin de la guerre n’avait pas brutalement changé l’habitude du: “Si vous voulez du miel vous apportez votre pot!”.

En hiver, dans les années 47-48, l’étalage de l’épicier se garnissait d’oranges et mandarines, et les desserts perdaient leur dépendance au fruit de saison local où la cuillère de miel. Nous apprécions ce changement.

L’après guerre a vite fait changer les habitudes. Les agrumes faisaient parti des desserts de luxe dans les années 30 et entraient dans l’alimentation courante des années 50. La cuillère de miel pour dessert devenait “ringarde”.

Pour notre Noël 1940, André et moi avons trouvé UNE MANDARINE au pied du sapin. (notre mère avait dù la cacher précieusement et la garder pour l’évenement) Mais….. (cerise sur le gâteau)… notre petite soeur Françoise est née. C’était le cadeau de Noël de notre père avant de partir soldat et d’être fait prisonnier.

Je lis dans une revue de 1950: “En 1935, le Maroc avait 350 000 orangers ou mandariniers. En 1948, il y en avait 4 500 000, soit, environ, 13 fois plus”

Aussi, dans cette même revue des apiculteurs disaient: “Les oranges sont, à l’heure actuelle, les concurrantes les plus directes du miel. Et ce sont des concurrantes dangereuses, car si nous pouvons espérer avoir une influence sur les importations de miel de l’étranger, nous ne pourrons jamais agir sur les importations d’oranges.”

Cette préoccupation d’il y a 70 ans parait d’une autre époque, encore que ?

Papimiel

Hier, aujourd’hui, demain, sont les 3 jours de l’homme (proverbe chinois)

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