C’était hier : Abeilles et fleurs
C’était hier : Abeilles et fleurs

Tout enfant se construit en s’identifiant à un adulte. La guerre de 39-45 nous ayant privé de notre père, mon frère et moi, avons trouvé en notre grand-père, notre modèle avec ses marqueurs principaux: Les abeilles et la terre nourricière.

Notre vie campagnarde me liait intimement à la nature; et pour moi, les êtres humains, les animaux, les abeilles, les plantes, les fleurs…etc… tout était lié. L’essentiel de la vie était là, avec un début et une fin.

J’étais fasciné par l”organisation sociale d’un essaim d”abeilles ou l’évolution d’une plante de la graine au fruit et de leur interdépendance.

Lorsque à l’automne, je voyais les champs couverts des fleurs jaunes des sanves, ces crucifères sauvages, je me réjouissais pour les abeilles.

Pour nous, une fleur n’avait de sens que si elle était visitée par nos amies ailées. Si une “mauvaise herbe” avait ce privilège, elle n’était pas “mauvaise herbe”.

Les moments de joie, les peines, les difficultés pour vivre et survivre, la découverte des autres, etc…n’étaient que des écueils ou des bonheurs passagers dans ma vie.

Pour la nature, l’homme n’est qu’un agitateur négatif ou positif. J’ai choisi, avec mes lunettes, d’être un agitateur plutôt positif.

Lorsque j’eus une dizaine d’années, dans mon village natal, les cultivateurs récoltaient, en moyenne 35 quintaux de blé à l’hectare. En 1945 ou 46, coup de tonnerre, dans le village voisin, un Belge avait fait 50 quintaux.

Dans les années 80, un membre de ma famille, possédant plusieurs centaines d’hectares dans le Vexin, se flattait de faire parti du club des 100 quintaux. Au début du XXI ème siècle dans la plaine du Neubourg, des terrils de blé s’élevaient dans les champs, les silos étaient pleins. Une année favorable avait porté la récolte à 135 quintaux, soit 10 tonnes de plus que dans mon enfance. A quel prix?

Sur ma route, presque plus de fleurs sauvages, les bandes herbues qui séparaient la route des champs étaient bien rasées quand elles n’avaient pas été avalées par les socs des charrues. De temps en temps, j’apercevais une jachère fleurie, quelque fois dévastée par des promeneurs où des “voyageurs” qui repartaient avec des brassées de fleurs.

Convenons que “L’homme” est dominé par la recherche du profit et du pouvoir.

Alors lorsque j’entends crier bien fort: “Sauvons les abeilles!” , “plantons des arbres!” ou “redonnons aux abeilles des conditions de vie d’il y a 200 ans!”, je me réjouis de la prise de conscience, mais je crie aussi fort que mes 88 ans me le permettent: “La sagesse est dans le raisonnable!”.

Que tous ceux qui veulent sauver les abeilles commencent par planter ou semer des plantes mellifères telles que bourrache, symphorine, gerbe d’or etc… dans leur jardin, laissent fleurir le petit trèfle blanc, le pissenlit dans leur pelouse, dissuadent leur nouveau voisin de couper les arbres fruitiers autour de sa maison parce qu’il ne veut plus ramasser les feuilles à l’automne et que ces arbres attirent les abeilles alors qu’il a des enfants.

Un petit geste de chacun, ne sauvera probablement pas notre civilisation, mais sauvera peut-être notre planète.

Papimiel

Petits coups répétés abattent un grand chêne (proverbe français)

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