Nous étions dans les années 50. L’occupation était derrière nous, mais les restrictions étaient encore présentes et l’habitude de consommer du miel restait, malgré une certaine désaffection. Le Père Robin se confortait dans son statut d”apiculteur reconnu, et mon frère et moi, dans notre statut d’apiculteurs néophytes.
Chez les grands-parents, tout se passait dans la grande pièce à vivre. Il y avait la cuisinière, élément central censé chauffer toute la maison et fournir l’eau chaude. Grâce à elle, ma grand-mère faisait les repas que nous prenions sur la table centrale. Dans cette pièce à vivre, trônaient l’extracteur et le maturateur.
A certains moments nous ne savions plus si nous étions dans une pièce d’habitation ou un atelier. Ma grand-mère semblait être la seule personne à en souffrir, ses yeux réprobateurs le signifaient.
C’est donc là que nous préparions les cadres pour la saison, et autres travaux apicoles d’hiver. C’est aussi dans cette pièce que se faisait l’extraction l’été.
Début janvier les préparatifs de la saison apicole devaient commencer. L’un de notre travail était de passer le fil dans les crampons à l’intérieur des cadres, le grand-père se réservant de tendre le fil, juste ce qu’il faut pour ne pas cintrer le cadre..
Un collègue possédait un gauffrier et l’avait prété. En cette période de pénurie, la fabrication artisanale de la cire gauffrée à partir de la fonte des opercules se pratiquait beaucoup. Les feuilles ne pouvaient rivaliser avec la cire gauffrée du commerce, mais les abeilles semblaient s’en contenter. Elles avaient sûrement compris qu’il ne fallait pas faire les difficiles. A moins qu’elles ne préfèrent cette cire artisanale? Allez savoir!
En tout cas nous étions fiers de nos cadres.
Dans les années 70, les cadres en plastique avec des amorces d”alvéoles en cette matière furent commercialisés.
Les abeilles étaient rétivent pour accepter ce modernisme. Je l’ai essayé mais en badigeonnant les amorces d’alvéoles de cire fondue. Ainsi le cadre était mieux accepté.
Papimiel
Rien ne s’accomplit dans le monde sans passion ( Hegel )
