Nous étions dans les années de guerre 39-45, mon grand-père, le Père Robin, et ses 2 apprentis, mon frère et moi, étions souvent sollicités pour remettre en ordre de marche des ruchers abandonnés. Les restrictions alimentaires obligeaient chacun à revoir sa copie pour s’alimenter.
Nous découvrions quelques fois des colonies moribondes dans des ruches au bois vermoulu et enfouis sous des ronciers. Il fallait faire preuve de diplomatie pour annoncer au propriétaire que ce qu’il croyait être un trésor n’en était pas un. Le Père Robin n’était pas très diplomate et je n’étais pas en accord avec sa façon abrupte de dire les choses, mais mon âge ne me permettait pas d’intervenir en quoi que ce soit.
Malgré leur vétusté, nous pouvions quelques fois extraire quelques cadres pour voir un peu clair. Il fallait parfois annoncer que les ruches étaient atteintes de loque américaine et qu’il fallait les détruire et les brûler. C’était un crève-coeur pour tous. Nous étions souvent vécus comme des oiseaux de mauvaise augure et quelquefois le diagnostic était mis en cause. Lorsque il y avait négociation pour décider qui allait faire l’ouvrage, et comme c’était souvent mon grand-père, le coût de l’opération faisait parti des palabres.
Nous, “les apprentis” préférions nous éloigner. Si le rucher en valait la peine, le Père Robin, négociait le “mi-fruit”, c’est-à dire qu’il gérait, et la récolte était partagée. C’était un bon arrangement. La fin de la guerre et la fin des restrictions à fait retrouver le goût du sucre et perdre un peu le recours au miel comme produit sucrant.
Quelques 20 années plus tard, lorsque, j’oeuvrais comme agent sanitaire sur mandat de l’administration sanitaire départementale, j’ai aussi vu mon diagnostic annonçant une maladie remis en cause. Il m’a même été rapporté que le propriétaire propageait que c’est mon intervention qui avait contaminé son cheptel. Il est toujours très mal accepté d’annoncer à quelqu’un qu’il n’est pas aussi blanc qu’il le croyait.
Papimiel
Il est difficile de rencontrer un homme qui veuille bien entendre une vérité désagréable (proverbre sanscrit)
