C’était hier : Du miel sous le plancher
C’était hier : Du miel sous le plancher

Dans les années de guerre 39-45, le miel était recherché, et un essaim d’abeille était un petit trésor.

Un parisien, (Dans le village on disait: un parigot, avec une pointe de mépris), propriétaire d”une résidence au village, contacte le Père Robin pour lui signaler qu’il avait des abeilles entre le plafond et le plancher du grenier. Il souhaitait récupérer du miel et se débarrasser des petites bêtes.

Visite faite par notre grand-père et ses 2 apprentis, mon frère André et moi (nous étions encore en vacances scolaires) , le marché est conclu. Nous récupérerons les abeilles, si toutefois elles ne sont pas porteuses de loques, les gateaux de miel iront au propriétaire mais nous devions restaurer le plancher du grenier pour la partie que nous devions démmonter.

Le jour J, le temps étant propice, nous voilà sur place. Aucun souci pour démonter une première lame de plancher, puis 2, puis 3, puis 5 et 6…..etc. avant que nous n’atteignions les premiers rayons logés entre 2 solives. L’essaim semble assez conséquent et le père Robin fait la grimace en démontant lame après lame une grande partie du plancher, pour atteindre le nid à couvain.

Avec l’aide de l’enfumoir, nous faisons monter une partie de l’essaim dans un panier, en espérant que la reine avait eu la riche idée de s’y réfugier, puis nous détachons les rayons avec couvain pour les ficeler dans des cadres et les installer dans une ruche vide que nous avions apporté.

Le panier, avec un paquet d’abeilles et, nous l’espérions, la reine, est secoué dans la ruche.

Nous étions dans un nuage,(d’abeilles) mais, heureusement, nos petites bêtes étaient plus affolées qu’agressives.

La famille du propriétaire après avoir tenté de nous voir oeuvrer, s’était vite enfermée dans la maison, à notre grande satisfaction.

Tous les rayons avec miel sont mis dans une lessiveuse avec couvercle. Il ne restait qu’a disposer la ruche pour que les butineuses comprennent quelles avaient une nouvelle demeure, et à nous, d’espérer que la reine était bien dans cette demeure.

Après quelques dizaines de minutes, mon grand-père annonça que c’était bien parti et que nous avions probablement réussi.

A ce momment là, je ne sais pas quel a été l’état d’esprit de mon frère et du grand-père, mais je me souviens bien que, Moi, je me suis pris pour “le roi du pétrole”.

Lorsqu’un calme relatif fut revenu, que la ruche fut ficelée pour être enlevée le soir, nous eûmes droit à un verre d’eau avec du sirop de cassis et les félicitations du jury, avec rappel, cependant, que nous devions refaire le plancher.

Les gateaux de miel furent broyés et mis sur des passoires dans une pièce fermée.

Nous sommes revenus le lendemain et il fallut l’expérience du grand-père pour remettre tout en ordre.

Pourtant, il m’a semblé, que “le parigot” espérait un plancher tout neuf…. et peut-être même de la moquette ? En tout cas, il a oublié de nous dire merci. Sur cette remarque, mon grand-père nous a dit alors : “Eh oui! On dit merci quand on a plus besoin des gens, ils auront encore besoin de nous pour le prochain essaim qui va se loger dans leur grenier, mais ils auraient pu nous remercier car ils ne le savent pas”.

Papimiel

La réalité dépend du verre au travers duquel on regarde. (proverbe de Castille)

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