Lorsque dans les années 1945, je commençais à me sentir pousser des ailes d’apiculteur, la seule race d”abeille que je connaissais était “l’abeille du pays”. Pour moi, un essaim était un essaim, tout en ayant les notions essentielles de la vie de ces insectes.
Pourtant, comme j’étais souvent dans le sillage du grand-père, il m’arrivait aux oreilles que certains importaient des reines italiennes pour améliorer les rendements de leurs colonies et trouver moins d’agressivité chez leurs petites amies.
Les moustaches me poussant, je restais fidèle à mes “abeilles du pays” et m’en accomodais fort bien. Pourtant il m’arrivait de trouver des colonies dont la population comptait visiblement des abeilles à bandes abdominales jaunes mélangées aux abeilles brunes. Comme je ne suis pas raciste, je ne faisais pas de reproche à la reine parcequ’elle avait trouvé un mâle italien séduisant.
Quelques années plus tard, j’entendis beaucoup de bien des reines caucasiennes. Le commerce des reines avec la Slovénie devint presque officiel dans les associations apicoles. Des filières se mettaient en place.
Je pensais que l’homme n’était jamais satisfait de ce qu’il avait et que le phénomène de mode le guidait souvent.
Pour moi, je persistais dans ma méthode qui était de remèrer mes colonies défectueuses à partir de mes meilleures souches.
Je pris vite mon parti que “l’abeille du pays” ne pouvait qu’être hybridée et qu’il fallait faire avec. J’ai suivi un stage d’insémination artificielle, mais cette pratique m’a paru barbare et trop contraire à la nature.
Depuis quelques années, j’entends beaucoup parler de la “buckfast”, une abeille hybride qui a beaucoup d’avantages, en particulier pour sa douceur et sa résistance à certaines maladies.
Lorsque je vois toutes les actions entreprises aujourd’hui pour réhabiliter l’abeille noire à grand renfort de subvention, je m’interroge.
Est-un problème de mode? Quels en sont les avantages? L’Ile d’Oessant ne suffit plus pour préserver la race “abeille noire”?
L’abeille noire a des inconvénients (langue trop courte, agressivité, sensibilité aux maladies du couvain). Ce n’est pas pour rien qu’elle a été hybridée. Alors, pourquoi?
Retrouver la race pure d’abeille noire passe forcémment par l’insémination artificielle puisque nous ne sommes pas sur l’Ile d’Ouessant.
La mise en place de stages de formation pour insémination et même la diffusion ou la vente de reines fécondées artificiellement est programmée. (la recherche de profit est en embuscade )
A une époque où la relation entre l’homme et l’animal fait débat, je m’interroge encore.
Mais je ne suis qu’un petit apiculteur respectueux des abeilles et de leur monde fascinant.
Papimiel
Chacun voit avec ses lunettes (proverbe français)
