Nous étions en fin d’hiver 46 et l’une de nos occupations était la chasse. Dans ces premières années d’après guerre, les fusils de chasse étaient rares, ils avaient été confisqués en 1940. Comme nous avions 2 furets , ces animaux peu sympathiques suppléaient. Voir les lapins de garennes se jeter dans les filets nous amusait beaucoup.
En dehors de cette occupation, avec mon frère, nous recherchions, dans les bois, les essaims sauvages dans les arbres creux. Lorsque la cavité de l’arbre détectée était à hauteur d’homme, mon grand-père, après inspection, condescendait à organiser l’opération au début du printemps, pour tenter de récupérer un essaim.
Lorsque tout se passait bien, notre prise, n’était pas forcément un cadeau ( porteuse de maladie, souche essaimeuse, etc…), d’où le peu d’enthousiasme du grand-père. De plus la capture réussissait, au mieux, une fois sur deux.
Un beau matin de fin avril, nous voilà donc au pied de l’arbre où les abeilles paraissent bien actives. Nous repérons à peu près le creux de l’arbre en tapotant son tronc. A l’aide d”un vilebrequin et d’une “mèche 3 pointes” nous perçons un trou en haut de la cavité supposée. Nous amarrons un panier juste au dessus de ce trou, d’où des abeilles pas très contentes commencent à sortir. Nous enfumons modérément par la sortie naturelle et tapotons sur le tronc vers le bas supposé où loge l’essaim. Après quelques minutes les abeilles sortent de plus en plus par le trou sous le panier et certaines commencent à grimper dans ce nouveau logement. (C’est bon signe!)
Notre maitre est attentif à doser la fumée pour qu’elle pousse l’essaim, et si possible la reine, vers la sortie et le panier, sans provoquer la panique. Il faut beaucoup de chance et de persévérance pour que l’opération réussisse. Pour cela, le tapotement est plus important que la fumée (une petite prière pour la réussite ne fait pas de mal non plus). Après de longues minutes, nous voyons les abeilles sortir et grimper dans le panier pour former une grappe. Lorsque le mouvement se ralentit et que le paquet d’abeilles à la gosseur de 3 pamplemousses, nous stoppons tapotements et fumée. Nous
pouvons espérer que la reine est dans le panier, sinon, dans la demie- heure qui suit, notre beau monde aura réintégré l’arbre, ce qui arrive très souvent. ( Parole d”apiculteur expérimenté)
Ce jour là, la chance était de notre coté. En soirée, la grappe d’abeilles est mise en ruchette et après retour du calme, notre prise est portée en quarantaine dans un clos situé à plusieurs kilomètres de son bois d’origine. Un obstacle est mis devant l’entrée de cette nouvelle demeure pour que les occupantes se repèrent en sortant, et la suite dira si nous sommes des champions.
Dans le tronc d’arbre, notre trou est bouché avec de la terre, le reste de la population devront élever une nouvelle reine sur des oeufs fraichement pondus et la nature fera le reste.
J’ai suivi l’essaim, qui devint une colonie moyenne, pendant une paire d’année . Mon entrée dans la vie d’adulte m’accapara et je ne sus pas la suite de l’histoire, mais cette opération fait parti de l’expérience dont je me targue aujourd’hui.
Papimiel
Je ne perds jamais, sois je gagne, sois j’apprends. (N. Mandela)
