Après 70 ans de pratique apicole,( puisque j’ai possédé ma première ruche à l’âge de 14 ans et ai abandonné cet art il y a 3 ans), j’ai, aussi, été vice-président du Syndicat d’Apiculture de l’Eure et président du Groupement de Défense Sanitaire Apicole départemental pendant 20 ans et suis actuellement président d’honneur de l’Association de Sauvegarde du Patrimoine Apicole, je me sens donc autorisé à émettre quelques réflexions.
J’ai encore quelques contacts avec des passionnés du monde des abeilles et ce qui m’est rapporté m’interroge.
Nous devons nous féliciter que beaucoup de nos concitoyens veuillent sauver la planète, et je suis de ceux-là. Contribuer à “sauver les abeilles” et posséder une ruche dans son jardin part d’une bonne intention. Mais ces intentions ne justifient pas qu’il se dise, s’écrive et se pratique n’importe quoi.
Je trouve sur internet une floraison d’ouvrages qui prônent le retour à une apiculture non productive, et même, de vouloir ramener l’abeille quasiment à l’état sauvage.
L’homme à domestiqué l’abeille mellifère, depuis des centaines d’années, pour récolter du miel et autres produits. Certains cherchent à y trouver du profit et même à en faire leur profession. Si cela est fait dans le respect des abeilles et de la biodiversité, pourquoi le condamner ?
Doit-on revenir à la marine à voile pour transporter nos marchandises ?
Prétendre sauver les abeilles en “récupérant” un essaim vagabond et en le logeant dans une caisse, un tronc d’arbre évidé, où, au mieux, une ruche sans cadre comme celle inventée par l’abbé Warré dans les années 1940, n’est pas réaliste.
Un essaim vagabond n’est pas forcément une bonne affaire, il peut être porteur de maladie, avoir une reine très agée, être issu d’une souche défectueuse, etc….etc…
Il est façile de décréter, lorsque l’essaim meurt, après quelques mois ou quelques années :
“ c’est la faute de la pollution et des pesticides.”
Parmi les fléaux néfastes aux abeilles, il y a, certes, la pollution, les pesticides sans oublier les mauvaises pratiques apicoles, mais il y a aussi la mondialisation et l’apport de parasites, bactéries et virus contre lesquels nos abeilles ne savent pas se défendre.
Le sauront-elles un jour ?
François Huber à inventé la ruche à cadres il y a plus de 200 ans et l’apiculture à fait un grand pas. Cela a permis une meilleure intrusion dans la vie des abeilles. (Sacrilège, diront certains,) et ainsi de mieux comprendre l’alchimie de la ruche. La conséquence a permis de lutter contre les fléaux tels que les loques et autres ennemis, et aussi d’améliorer l’exploitation de l’insecte. Aie….Aie…Aie!
A mes débuts apicoles, j’ai découvert la loque européenne et américaine, puis J’ai vu apparaître en 1980 le parasite varroas venant d’Asie. Puis Aethina tumida à montré le bout de son nez, puis le frelon asiatique et puis….et puis….et puis.
Revenons au varroa. Aujourd’hui, beaucoup de nos colonies sont incapables de se débarrasser de ce petit crabe et meurent. Après 40 ans d’invasion, notre abeille balbutie pour se défendre. Que doit-on faire? Beaucoup ont choisi d’aider chimiquement nos amies ailées, pour maintenir la colonie à un taux supportable d’infestation. C’est une option !
Une autre théorie pourrait être de laisser la nature faire. Cela se traduirait par la mortalité de presque tout le cheptel apicole à l’exception de quelques colonies plus résistantes ou ayant développé un mécanisme de défense contre l’espèce invasive. Et il faudra recommencer pour d’autres invasions.
Est-on prêts à payer ce prix ? Il nous faudrait alors parler de la pollinisation et d’autres choses encore, je crois !
L’homme est le plus grand prédateur des abeilles affirme-t-on, mais certains tentent, en tenant compte de la réalité, de les aider à survivre.
Nous sommes, hélas, dans un engrenage et il faudra beaucoup de temps pour que l’homme retrouve “le raisonnable”, s’il a assez de volonté pour cela . Nos agriculteurs sont, pour beaucoup, confrontés à cette recherche de sagesse, mais on ne peut, totalement, revenir quelques siècles en arrière pour recommencer, d’une autre façon, à gérer notre mode de vie.
A tous ceux qui veulent revenir à une apiculture ancestrale je propose de commencer, dans un premier temps, à ne se déplacer qu’a l’aide de leurs jambes.
Si vous ne voulez pas écouter la raison, elle ne manquera pas de se faire sentir.(Proverbe américain)
